Présidentielle 2027 : Xavier Bertrand, candidat en embuscade

Battu lors de la primaire de la droite en 2021, le président des Hauts-deFrance prend son temps pour peaufiner son programme et « tester » ses idées sur le terrain avant d’officiellement se lancer dans la course pour l’Elysée. Avec, pour objectif, d’être « un candidat à la place et non en plus ».

Par Alexandre Pedro

Avec la robotisation, l’humain est devenu rare dans les usines. Alors, quand Xavier Bertrand visite le 15 septembre la nouvelle ligne de production de nutrition médicale de Danone à Steenvoorde (Nord), le président des Hauts-de-France prend son temps pour parler avec les rares employés croisés.

«J’échange, je teste mes idées», dit-il après avoir enlevé la charlotte et la blouse de protection. «Si vous étiez à ma place, qu’est-ce que vous changeriez ?», lance-t-il souvent auprès de son auditoire, ces dernières semaines.

Sa place ne fait aucun mystère. C’est celle d’un candidat à la prochaine élection présidentielle. Mais pas tout de suite, et surtout pas comme le représentant de son parti, Les Républicains (LR) avec lequel il a pris ses distances. A défaut de ménager le suspense sur ses intentions, le président de région l’entretient sur la date. Xavier Bertrand (61 ans) donne rendez-vous entre mi-octobre et la fin de l’année pour officialiser sa candidature. Fort de son «réseau de maires», il ne s’inquiète pas pour la récolte des 500 signatures. «Le jour où je me lancerai, ce sera devant les Français, au moment où je l’aurai choisi», prévient-il. Avec le risque de commencer la course avec un retard de lièvre ? «Je n’ai pas envie d’être un hamster de plus dans la roue», rétorque-t-il.

Les intéressés apprécieront. Xavier Bertrand vise surtout Gabriel Attal (Renaissance), Edouard Philippe (Horizons), Bruno Retailleau (LR) ou encore David Lisnard (Nouvelle Energie). Tous sont déjà lancés et dévoilent à un rythme plus ou moins soutenu leurs propositions. L’ancien ministre du travail préfère cultiver sa discrétion. Il était bien présent lors des universités d’été du MoDem le 20 septembre et a participé vendredi à un grand débat sur l’IA à Marseille, mais les invitations des télés et radios sont déclinées pour l’instant. La rareté est devenue une vertu nouvelle pour cet habitué des matinales. «Il n’est pas dans l’idée d’égrainer ses idées selon le calendrier et les différentes catégories de Français, note Olivier Henno, sénateur du Nord et fidèle soutien. Il prépare un projet plus global, qui formera un tout.»

« Etre plus précis » dans ses propositions

Mais pas tout de suite. Ses idées, Xavier Bertrand dit encore «les travailler, les peaufiner». L’échec enseigne toujours. Le sien, en 2021, lors de la primaire de la droite, lui a appris deux choses : faire son «rappel vaccin» contre ce mode de départage et «être plus précis» dans ses propositions sans tomber dans le travers «des 110 mesures pour le pays». A l’entendre, seul le bruit des «extrêmes» perce aujourd’hui. Comprendre l’extrême droite du Rassemblement national (RN) et la gauche radicale de La France insoumise (LFI). Le constat est livré dans un restaurant de Cassel (Nord), autour d’un plat de jambon à l’os, avec des élus de la région. «Le moment venu, sera-t-il possible de desserrer les deux mâchoires des extrêmes ? Je le crois, sinon je ne me préparerais pas à être candidat», lance-t-il à ses convives.

Xavier Bertrand le répète, il sera «un candidat à la place, pas un candidat de plus». L’affirmation induit une fin de campagne précipitée pour des rivaux à bout de souffle. En privé, l’ancien ministre du travail observe l’agitation d’un Gabriel Attal et la radicalisation de Bruno Retailleau. Mais aussi leur faiblesse dans les sondages. Lui n’y figure pas. De quoi entretenir l’illusion sur son poids réel, pointent ses détracteurs. «Bertrand a besoin d’entretenir l’idée d’être candidat à la présidentielle, sinon il n’a plus d’existence politique», souligne un membre de la direction de LR.

A défaut d’y figurer, Xavier Bertrand lit et analyse les sondages. Il observe l’absence de dynamique du candidat Horizons. «Un Philippe à 26 % ou 28 %, ce n’est pas ce qui se dessine, contrairement à ce qu’on pouvait nous présenter», analyse l’un de ses proches. Et selon Xavier Bertrand, le plus dur serait encore à venir pour le Normand, sommé de dévoiler son «programme massif» sans trop braquer des électeurs avec des mesures impopulaires.

« Ancrage populaire »

Malgré leurs différences, les deux hommes présentent des ressemblances. Ils sont des hommes de droite, plutôt acceptables pour un électeur de gauche en cas d’un second tour contre Marine Le Pen. Philippe le juppéiste est plus libéral, quand Bertrand le sarkozyste revendique une fibre plus sociale. Gérald Darmanin y a vu une complémentarité parfaite. «Le bon ticket, c’est Philippe à l’Elysée, Bertrand à Matignon», lançait, le 18 août, le ministre de justice après l’annonce de son soutien au premier.

Refus immédiat de l’intéressé. Xavier Bertrand connaît trop bien son ancien protégé pour ne pas deviner le piège, celui de le pousser à renoncer contre un hochet hypothétique. Matignon lui est passé sous le nez après la dissolution en 2024, en raison de la menace de censure immédiate du RN.

De ce rendez-vous manqué, Xavier Bertrand tire aujourd’hui une force : rien ne l’associe aux deux quinquennats d’Emmanuel Macron. «Les Français veulent un changement en profondeur, dit-il. Mais est-ce que ça peut [se produire] sans passer par les extrêmes ? Pour l’instant, les Français ne voient pas comment. Mon sujet est de savoir ce que je vais proposer pour incarner un changement.»

Poser la question, c’est déjà y répondre par oui. A la différence de ses rivaux à droite ou dans le bloc central, Xavier Bertrand juge avoir un «ancrage populaire» et un bilan dans sa région où il a «fait reculer le RN» entre les élections régionales de 2015 et 2021. L’homme de droite a souvent mis en avant son combat local contre le parti lepéniste, dénonçant le basculement idéologique d’une partie de LR vers le RN. Défenseur d’une ligne «ni LFI ni RN» quand un Bruno Retaillau ne garde que le premier «ni», Xavier Bertrand estime que la présidentielle ne se gagnera pas en étant «un simple rempart contre les extrêmes». «Les uns se présentent comme rempart contre l’extrême gauche, les autres contre l’extrême droite, poursuit Olivier Henno. Tout cela n’a pas beaucoup de sens. Ce qu’il fait, c’est d’avoir un projet qui redonne de l’espérance pour faire baisser les deux.» Reste à savoir quand et comment pour son futur candidat.

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