Le président (LR) de la région Hauts-de-France réagit à la possibilité d’une nouvelle dissolution, ainsi qu’à la possible entrée en vigueur du Mercosur. Il n’épargne pas non plus Bruno Retailleau.
Par Quentin Laurent
À boulets rouges. Xavier Bertrand, qui rêve toujours de 2027, tacle sans surprise le gouvernement, s’inquiète de l’impérialisme de Trump et de la colère des médecins actuellement en grève.
L’exécutif brandit la menace d’une dissolution en cas de censure sur le budget. C’est du bluff ?
XAVIER BERTRAND. La France a déjà payé un lourd tribut à ce type de calculs en juin 2024. Cette dissolution brutale a plongé le pays dans l’instabilité, nourri la défiance démocratique et renforcé les forces politiques les plus radicales. Feindre aujourd’hui d’en tirer la leçon tout en rejouant les mêmes scénarios serait irresponsable. Cela suffit, les apprentis sorciers.
Si le président de la République devait, en conscience, décider de consulter à nouveau les Français, nous prendrions naturellement toute notre part dans cette élection que nous n’avons pas appelée. Il n’y a rien à craindre du suffrage universel. Mais instrumentaliser la menace d’une dissolution pour faire peur à des groupes parlementaires inquiets de leur survie politique n’est ni digne des fonctions exercées, ni conforme à l’esprit de nos institutions. On ne dirige pas un pays par la peur, la pression ou le chantage institutionnel. C’est ainsi que l’on fracture la nation et que l’on fait, une fois encore, le jeu des extrêmes.

Sébastien Lecornu doit-il assumer le recours au 49.3 ?
Ce budget est raté. Mais comme tous les Français, je préfère encore qu’on adopte ce budget, plutôt qu’on continue à vivre sans. Parce que la France est un pays qui a besoin d’avancer. Donc, est-ce qu’on est capable de trouver un compromis ? Je le pense. Et si à l’issue de ce compromis, compte tenu du jeu délétère des deux extrêmes, LFI et RN, qui ne cherchent que le chaos, c’est l’utilisation du 49.3 qui s’impose, alors Sébastien Lecornu devra renoncer à son renoncement de l’utiliser.
Emmanuel Macron a finalement voté contre le Mercosur. A-t-on définitivement perdu la partie ?
C’était indispensable que la France marque son opposition mais ça ne suffit pas. Maintenant, le Parlement européen doit s’opposer à ce traité. Sinon, ce sera au Parlement européen ou à la France de saisir la Cour de justice de l’Union Européenne, c’est ce que nous demandons avec Julien Dive (député LR). Ce traité ne peut pas s’appliquer tel qu’il est aujourd’hui. La crise que vit le monde agricole n’est pas uniquement liée au Mercosur, mais c’est la crise de trop. Pour moi, l’alimentation relève du domaine régalien de l’État. Je ferai de la stratégie agricole une priorité pour le pays, avec les agriculteurs et non contre eux. Ne refaisons pas les erreurs du passé ! On a laissé s’affaiblir notre industrie pendant des décennies et on s’est aperçu trop tard qu’il fallait se battre pour la conserver. Hors de question de faire la même chose avec l’agriculture ! Déjà, revenons sur les surtranspositions franco-françaises dès cette année.
Le Mercosur n’est-il pas un moyen de renforcer l’Europe, à l’heure où Donald Trump fait vaciller les relations internationales ?
Je ne m’oppose pas, par principe, aux accords internationaux s’ils sont source de prospérité. Mais pas s’ils menacent des pans de notre économie ou s’ils sont incompatibles avec nos impératifs de qualité et de sécurité alimentaire. Donald Trump, c’est un autre sujet. Il pense que tout lui est permis. Être allié des États-Unis, ça n’est pas accepter d’en être son vassal. Or selon moi, la France n’a vocation à être le vassal de personne. La France et l’Europe ne sont pas faibles, le problème est qu’il n’y a pour le moment pas la volonté de réagir.
L’Europe doit s’affirmer comme puissance, et elle doit s’affirmer dès maintenant avec la question du Groenland. Il faut prendre la menace de Trump au sérieux, c’est pour cela que je demande au président de la République d’exiger une convocation d’un sommet de l’Otan, pour avoir une explication franche sur les intentions américaines et redire notre opposition à l’annexion du Groenland. En géopolitique, la naïveté est interdite. Par ailleurs, l’Union européenne devrait proposer, avec le Danemark, un partenariat renforcé avec le Groenland.
Les médecins libéraux sont fortement mobilisés ce week-end. Comprenez-vous leur colère, ou leur faut-il aussi accepter de modifier certaines de leurs pratiques ?
Pour réformer, il faut une méthode, et cela doit se faire avec les professionnels de la santé, pas avec des méthodes technocratiques, punitives et irrespectueuses où l’on croit pouvoir avancer sans eux. Il y a des économies à faire dans le système de santé mais ce n’est pas en cassant, comme certains veulent le faire, les reins de la médecine libérale. Le système de santé marche sur deux jambes, l’hôpital public et la médecine libérale. Dès maintenant, je veux que l’on soit clair : pas question d’appliquer les mesures prévues dans le PLFSS, de remettre en cause le système conventionnel de négociation. Avec Yannick Neuder (député LR, ex-ministre de la Santé), nous proposons une grande loi pluriannuelle de santé.
J’ai été beaucoup surpris car ces propositions, sur un sujet aussi important, ont été faites sans aucune concertation. Nous les avons apprises lors de la conférence de presse et donc elles ne m’engagent pas. Bruno Retailleau doit savoir que, quand l’on est chef de parti, on doit jouer collectif. Les Républicains, ce n’est pas une seule personne qui décide. Un changement de méthode s’impose.
Il a été élu haut la main à la tête du parti il y a un peu moins d’un an. Est-ce que ça ne fait pas de lui un candidat naturel pour la présidentielle à droite ?
On a voté pour le président du parti, pas pour le candidat à la présidentielle, je l’ai toujours dit. Il n’y a pas de candidat naturel. On verra, avec la campagne électorale, qui est le mieux capable de rassembler au-delà de LR et de battre, au second tour, Jordan Bardella. Je suis convaincu qu’il n’y a aucune fatalité à avoir au second tour de la présidentielle un duel LFI/RN et voir notre pays dirigé par l’extrême droite.
Vos contempteurs moquent en vous le sempiternel candidat à la présidentielle. En quoi cette année serait particulièrement la bonne ?
En 2021, chacun sait comment j’ai brillamment perdu la primaire. Je n’ai donc pas pu être candidat à l’élection présidentielle. Ce sont les Français qui décideront cette fois-ci. Ce qui est vrai, c’est que j’ai appris de mes erreurs et que je suis bien mieux préparé. J’ai non seulement battu le Front national à deux reprises, mais par mon action, j’ai réussi à le faire reculer. Mon parcours, différent de celui des politiques traditionnels, mes combats dans les Hauts-de-France, ne sont pas forcément connus aujourd’hui de tous les Français. À moi de davantage montrer qui je suis et ce que je propose pour transformer et redresser le pays. Les Français se feront leur opinion.