Présidentielle 2027 : Xavier Bertrand, un non candidat en campagne [L’Opinion]

En visite pendant deux jours en Corrèze, le président des Hauts-de-France construit son récit pour 2027

Par Christine Ollivier
En matière de présidentielle, il y a des candidats qui se déclarent tôt et tardent à partir en campagne. Et puis il y a ceux qui battent déjà la campagne et tardent à se déclarer. Xavier Bertrand est de ceux-là. En visite en Corrèze lundi et mardi, le président (Les Républicains) des Hauts-de-France coche toutes les cases du manuel du parfait candidat : table ronde avec les acteurs du handicap et du médico-social à Lubersac, réunion publique devant 150 personnes dans une salle surchauffée à Tulle, échange avec des maires à Egletons et même dîner privé avec les stars locales : Claude Chirac, fille de l’ancien président, et son époux Frédéric Salat-Baroux.

Sans les citer, il distribue aussi quelques coups de griffe à ses concurrents. Gabriel Attal ? « Moi, je ne ressens pas le besoin de me faire entourer de dizaines de caméras et de micros comme certains ». Edouard Philippe ? « Vous pouvez dire : “on va faire des efforts parce que ça va être bien pour nos enfants”, mais (…) dire que les Français peuvent encore faire des efforts, c’est ne pas connaître la réalité de nos concitoyens aujourd’hui ». Mélenchon et Le Pen ? S’ils devaient s’affronter au second tour de la présidentielle, « ce duo infernal, vous l’aurez pendant cinq ans », met-il en garde.

Loin des plateaux télé, Xavier Bertrand n’a pas de fausse pudeur. C’est au présent qu’il parle de ses ambitions : « Je ne suis pas candidat pour être Premier ministre ou ministre, je suis candidat pour être président ». Pourtant, il donne rendez-vous entre le début de l’automne et les fêtes de Noël pour sa déclaration officielle. Rien ne sert de courir, pense-t-il, c’est au moment où les Français discuteront politique autour de la dinde qu’il faudra apparaître comme un candidat crédible.

Un projet vague, mais « sans casser » ni « créer de nouveaux impôts »

Autant dire que ceux qui espèrent son ralliement vont devoir patienter. S’il ne se déclare pas, c’est pour faire campagne tranquillement sans caméras ni micros, dit-il. Ces réunions publiques sont à ses yeux autant de « sondages géants ». A son auditoire, il lance : « Si vous étiez à ma place, candidat à l’élection présidentielle l’an prochain, qu’est-ce que vous changeriez ? » Les mains se lèvent, les questions fusent. Ainsi de cet homme qui s’inquiète de voir une taxe sur les voitures électriques instaurée en Grande-Bretagne. « Avec moi, il n’y aura pas de taxation des voitures électriques, promet Xavier Bertrand. Il ne s’agit pas de piéger les Français comme on l‘a fait avec le gasoil. »

Ne pas être déclaré, c’est ne pas être testé dans les sondages, donc entretenir le flou sur son poids réel. Cela permet aussi de rester vague sur son projet. Certes, Xavier Bertrand veut réduire de 20 milliards d’euros par an les dépenses publiques pendant cinq ans, et baisser le nombre de fonctionnaires. Il convient qu’il faudra faire des économies sur les retraites et l’assurance chômage – mais pas sur la santé.

« Tu peux réduire, bien compter, sans casser » et « sans créer de nouveaux impôts », promet-il à un maire dubitatif. Il égrène ses priorités, veut mettre de « l’humain » et de la « justice » à tous les étages, mais ne dévoile pas sa recette magique de financement. « Le moment venu, j’expliquerai ce qui ne sera pas prioritaire pour moi, évidemment », assure-t-il quand on l’interroge.

Xavier Bertrand cajole les retraités

L’ex-ministre du Travail s’avance tout de même sur le terrain miné des retraites. « Si on vit plus longtemps, il faut accepter de travailler plus longtemps, de repousser l’âge légal », prévient-il, sans préciser encore où il fixerait le curseur. Mais Xavier Bertrand veut aussi permettre aux Français qui le souhaiteraient de partir à la retraite avant cet âge légal, ce qui n’est actuellement possible que sous des conditions strictes, pour les carrières longues en particulier. « Si vous estimez avoir assez, vous pourrez partir avant, tout simplement avec une décote », propose-t-il. Outre l’ajout d’un étage de capitalisation obligatoire, il souhaite confier la gestion du régime de base aux partenaires sociaux. Et parce que « beaucoup trop de femmes » doivent en réalité patienter jusqu’à 67 ans faute d’avoir le nombre d’annuités suffisant, « il serait temps de diminuer l’âge pour lequel les femmes ne subiront pas de décote ».

Pas question en revanche, de désindexer les pensions comme l’envisage le gouvernement pour boucler son budget. « Et ça veut dire quoi cette histoire de retraités aisés ? A 3 000 euros, on est devenu riche ? ». Succès garanti.

Ne pas se déclarer, c’est aussi, diront les mauvaises langues, laisser la porte ouverte pour un ralliement à un autre candidat demain, tout en faisant monter les enchères. Déjà, Gérald Darmanin, tout juste rallié au maire du Havre, plaide pour un « duo » Philippe-Bertrand. L’idée n’emballe pas vraiment l’intéressé. « Je ne fais pas tout ça pour être ministre des héritiers de Macron », balance-t-il.

Le roman-photo de la France d’en bas Qu’importe qu’il apparaisse bien seul, même s’il s’en défend. A l’entendre, la question des 500 parrainages de maires n’en serait pas une. En Corrèze, une toute petite équipe l’entoure : un élu parisien, Jean-Didier Berthault, un sénateur, Olivier Henno, le président du département et candidat aux sénatoriales, Pascal Coste, et son épouse, dont il ne manque jamais de signaler la présence. Ce couple politique est déjà bien rodé. A l’heure de quitter la Corrèze, c’est Vanessa Williot-Bertrand, portable en main, qui enregistre une vidéo-bilan de son candidat de mari pour Instagram, debout au bord d’un rond-point, devant des automobilistes un peu surpris du tableau.

Xavier Bertrand veut croire qu’il peut être demain l’homme de la situation. Il se donne quelques mois pour peaufiner le récit qui fera tendre l’oreille aux Français, celui d’un enfant de la classe moyenne, provincial, ancien assureur devenu ministre, puis président de région. Le candidat de la France d’en bas popularisé par Jean-Pierre Raffarin, en somme.

En Corrèze, il joue à fond la carte régionale, dénonce les « idées venues d’en haut », plaide pour sa « République des territoires » qui rendrait les rênes aux élus locaux et aux préfets, s’adresse aux « oubliés », suggère « d’appliquer déjà les lois existantes » avant d’en voter de nouvelles. Il veut en finir avec l’hyperprésidence, promet de n’exercer qu’un seul mandat et de rétablir le septennat. Sur cette terre de présidents, il fait aussi vibrer la corde sensible chiraquienne. La fille et le gendre de l’ancien président ne sont-ils pas assis au premier rang de son meeting ? Interrogée, Claude Chirac précise être venue en tant qu’ « amie » et conseillère départementale. Il ne faudrait donc pas y voir un soutien. Après tout, rappelle-t elle, Xavier Bertrand n’est même pas candidat

Aller au contenu principal