« Si on avait Superman en rayon, l’affaire serait déjà pliée » : face à Marine Le Pen, Xavier Bertrand s’y voit encore (Le Parisien)

Le président des Hauts-de-France, qui n’est même pas testé dans les sondages, n’a pourtant pas remisé ses ambitions pour 2027. Un pari audacieux.

Le 14 juillet 2026 à 09h00

Et un, et deux buts à zéro contre le Maroc ! Xavier Bertrand jubile en assistant, jeudi 9 juillet, à la qualification des Bleus. À une marche de la finale. Et forcément une source d’inspiration pour le président des Hauts-de-France, qui n’a pas abandonné l’idée d’être candidat à l’élection présidentielle… malgré le trop-plein de candidats déjà enregistrés au sein du bloc central.

Ce soir de match, Bertrand n’est d’ailleurs pas tout seul. Il a invité chez lui une quarantaine d’amis et anciens collaborateurs ministériels pour vivre ce moment ensemble. Certains ont presque vingt ans de compagnonnage. Et leur présence ne veut dire qu’une chose : « On va se mettre à disposition de Xavier pour la campagne », confie l’un d’eux.

Marine Le Pen, sa meilleure ennemie

Même pas testé dans les sondages d’intentions de vote présidentiel, pile au moment où Édouard Philippe commence à creuser l’écart avec Gabriel Attal, l’ancien ministre du Travail et de la Santé sous Nicolas Sarkozy croit au contraire ― « naïvement », moquent ses contempteurs ― que son heure est peut-être (encore) arrivée. Un événement est même venu regonfler ses espoirs ces derniers jours : la candidature de Marine Le Pen, malgré sa condamnation en appel. « Ne cherchez pas, nous ne sommes que deux à l’avoir battue, et par deux fois : Macron et moi », lance-t-il crânement à ceux qu’il croise.

Elle et lui se connaissent bien pour s’être plusieurs fois affrontés aux élections régionales dans les Hauts-de-France. Il l’a battue en 2015, puis en 2020, même si Marine Le Pen n’était plus tête de liste la seconde fois. Leur inimitié est puissante. En septembre 2024, quand Emmanuel Macron cherche à sortir de l’impasse de la dissolution en préparant un gouvernement de coalition, le nom de Xavier Bertrand revient alors avec insistance. En rôle d’arbitre, puisque capable de censurer à tout moment, la nouvelle cheffe de file du groupe RN à l’Assemblée y met son véto catégorique…

Une candidature à l’automne ?

Xavier Bertrand veut désormais sa revanche. En cultivant à bas bruit son mouvement « Nous France », en déambulant chaque semaine à la rencontre des Français, assurant la promotion de livre (« Rien n’est jamais écrit », Robert Laffont), déjà écoulé à 7 000 exemplaires, dont la moitié en dédicaces. Il tire de ces déplacements un premier constat : « Les Français ne sont pas encore dans la campagne. La bande passante présidentielle est très faible en ce moment », confie-t-il au Parisien-Aujourd’hui en France, convaincu que les choses n’évolueront pas avant cet automne, au mieux.

En attendant, il va tenter de démontrer que sa candidature ― qu’il n’a pas encore officialisée ― est légitime : « La seule question qu’il faut se poser, c’est de savoir qui peut empêcher le duel Mélenchon-Le Pen au second tour, et qui peut la battre ensuite, plante-t-il. Or, à ce stade, si on avait Superman en rayon, l’affaire serait déjà pliée. Ce qui n’est pas le cas. Tout simplement parce qu’on n’a personne qui s’adresse aux catégories populaires, celles-là même que Marine Le Pen cherche à séduire. »

Résultat, il veut jouer sa carte, fort de son expérience dans les Hauts-de-France et d’un discours de droite sociale qui n’injurie pas non plus la gauche. En visite dernièrement au Festival d’Avignon, il a d’ailleurs multiplié les clins d’œil vers cet électorat-là, notamment en proposant que 1 % du budget de l’État soit consacré à la culture.

« C’est un solitaire, un individualiste »

« Il est brillant, mais son pari est totalement irraisonné. Il ne comprend pas que l’espace est déjà saturé et que jamais Édouard Philippe, pour ne citer que lui, se retirera pour lui laisser la place. Ça n’existe dans aucun scénario », cingle un membre du gouvernement. « Xavier a beaucoup d’atouts, mais il a surtout un gros défaut : c’est un solitaire, un individualiste, il est incapable de jouer collectif. Résultat, ça en fait quelqu’un de très isolé », reprend un pilier du camp présidentiel.

Mais Bertrand y croit encore. « On verra en novembre comment sont les dynamiques », évacue-t-il. D’ici là, il compte labourer le terrain tout l’été avec une quinzaine de déplacements. Et il active ses réseaux. Mercredi dernier, il a rencontré une vingtaine de sénateurs pour échanger sur l’actualité. Ce vendredi, il a fait un aller-retour express au Portugal, pour y rencontrer le président António José Seguro.

De quoi travailler ses relais à l’international. Et il vient aussi d’étoffer son équipe en recrutant Thomas Fabre, un ancien du cabinet de Catherine Vautrin, pour renforcer sa communication, ses relations presse et suivre différentes questions de politiques locales. Avant de se lancer pour de bon. Peut-être… ou pas.

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