En marge des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, le président de la région Hauts-de-France livre sa vision d’un modèle politique bousculé, prône une décentralisation radicale et clarifie ses ambitions pour l’échéance présidentielle à venir.
Par Geneviève VAN LEDE
Publié le 04/07/26 à 21:28 – Mis à jour le 05/07/26 à 07:00
Vous êtes un habitué des Rencontres d’Aix. Quel regard singulier estimez-vous apporter dans ce type de rendez-vous ?
J’ai un profil différent de beaucoup de responsables politiques : j’ai été entrepreneur pendant plus de dix ans. À la tête de ma région, qui compte 6 millions d’habitants, j’agis comme un chef d’entreprise face à ses actionnaires : je leur dois des résultats concrets, à commencer par l’emploi. Dans un monde réputé « sans repères », ma boussole reste l’optimisme. Ce ne sont pas les politiques qui créent directement de l’emploi, ce sont les entrepreneurs. Le rôle de la puissance publique est simplement de bâtir l’écosystème favorable pour valoriser le travail et l’innovation, sans jamais oublier les salariés.
Vous intervenez sur le thème de la proximité et des territoires. Comment redonner du pouvoir aux régions face au modèle centralisateur français ?
Il faut impérativement arrêter de tout décider depuis Paris. Aucune entreprise moderne ne fonctionnerait avec une telle concentration du pouvoir dans un ou deux bureaux parisiens. Je prône un changement de logiciel complet : la « République des territoires », ou ce que Jean-Louis Borloo appelle une « France fédérale ». L’État central doit se concentrer – et exceller – sur ses missions régaliennes : la justice, la sécurité, le contrôle de l’immigration, la défense et la diplomatie. Pour tout le reste, la gestion de la vie quotidienne doit être locale. Si on nous confiait pleinement la compétence du logement, par exemple, nous ne mettrions pas sept ans à sortir un projet. Localement, nous sommes « à portée d’engueulade » des citoyens, ce qui impose une culture du résultat et de l’efficacité qui fait aujourd’hui cruellement défaut.
Vous affirmez vous préparer activement pour la prochaine élection présidentielle. Quel sens donnez-vous à cette démarche ?
Un président de la République ne doit pas simplement arriver avec un catalogue de mesures digne d’un Premier ministre. Son rôle premier est d’être le garant de l’unité nationale, de faire disparaître le sentiment d’invisibilité chez de trop nombreux Français et d’assurer le respect absolu de la loi partout. Je me prépare avec mon mouvement, « Nous France », autour de trois piliers fondamentaux : être capable de battre le Rassemblement national au second tour – ce que j’ai déjà fait deux fois dans ma région -, bâtir une majorité solide pour sortir de l’impasse politique actuelle, et enfin redresser le pays dans un esprit de stricte justice sociale pour éviter de nouvelles crises majeures.
Si vous étiez élu, vous défendriez une modalité institutionnelle très précise : le mandat unique. Pourquoi ?
Personne ne porte aujourd’hui la voix des classes moyennes ou le bon sens de l’entreprise avec l’expérience du terrain qui est la mienne. Si j’avais simplement cherché des places de ministre, je serais devenu macroniste depuis longtemps. Ce qui m’importe, c’est l’avenir du pays. Je crois profondément à la logique d’un mandat unique de cinq ans. Lorsque l’on passe son temps à chercher sa propre réélection dès le premier jour, on ne fait pas le travail de transformation nécessaire. Il faut pouvoir agir intensément, sans calcul politique à long terme. Le moment de l’annonce officielle de ma candidature viendra, car c’est un instant grave où les Français doivent être convaincus que l’avenir peut enfin changer en bien.