Propos recueillis par Jean-Philippe Moinet
À moins d’un an de l’élection présidentielle, le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand (LR), s’exprime pour le Crif sur ce qui devra s’imposer, comme thèmes et candidatures, dans les prochains mois. Partisan d’une combativité républicaine contre le Rassemblement National (RN), il répond aux questions de Jean-Philippe Moinet : « il n’y a aucune fatalité à voir l’extrême-droite l’emporter. Rien n’est jamais écrit ! C’est parce que je me bats pour faire reculer la colère et le désespoir que j’ai fait reculer le RN de seize points entre deux élections régionales ».
Xavier Bertrand (LR) : « Ceux qui pensent qu’on peut s’allier avec l’extrême droite se trompent »
Le Crif : En perspective de l’élection présidentielle, quelles sont les valeurs et les thèmes que la droite républicaine doit, selon vous, défendre absolument et prioritairement ?
Xavier Bertrand : La droite républicaine doit d’abord être fidèle à ce qu’elle a toujours été : une droite gaulliste, et populaire.
Il y a un préalable à tout, c’est rétablir l’ordre et le respect de l’autorité. Mettre un terme à l’impunité, reprendre en main notre politique migratoire, garantir notre sécurité extérieure et intérieure au prix d’engagement permanent durant les cinq prochaines années, voilà ce à quoi j’entends me consacrer. Car, sans respect des règles, il n’y a pas de société. Le racisme, l’antisémitisme, la haine de l’autre détruisent aussi ce lien entre nous. Je les combattrai avec la même détermination car je ne renoncerai jamais à l’ambition d’une France réconciliée.
Mais apaiser et relever la France, c’est aussi un projet bien plus large : aider ceux qui travaillent et libérer ceux qui donnent du travail ; c’est ce que je fais chaque jour dans ma région des Hauts-de-France. D’abord, faire en sorte que ceux qui en donnent, les entrepreneurs, ne soient pas bloqués comme ils le sont aujourd’hui. Ils dépensent trop d’énergie face aux contraintes administratives. Ensuite, que ceux qui travaillent puissent s’en sortir, réussir et donner un bel avenir à leurs enfants. Un pays dans lequel les gens qui travaillent ne s’en sortent plus est un pays qui va dans le mur.
J’entends aussi me battre pour retrouver l’efficacité de nos services publics, qui nous lient et qui nous unissent : la santé et l’école en priorité.
Si, pendant un quinquennat, un président s’attaque pleinement, résolument à ces chantiers prioritaires, notre pays connaîtra le redressement indispensable.
« Le RN n’apporte aucune solution aux problèmes de notre pays et fracturerait encore davantage une France divisée »
Le Crif : Sur le plan stratégique, un débat traverse votre formation politique, Les Républicains (LR) : faut-il affronter sans détour les idées et les dirigeants de l’extrême droite (RN) ? Jean-François Copé, invité récemment aux rencontres des Amis du Crif, le pense. Bruno Retailleau semble beaucoup moins sur cette ligne. Quel est votre point de vue sur cet enjeu clé de la campagne électorale qui se prépare ?
Xavier Bertrand : Ceux qui pensent qu’on peut s’allier avec l’extrême droite se trompent. Ce que certains appellent « l’union des droites » est en réalité une union de la droite et de l’extrême droite, avec une droite républicaine qui accepte d’être le marchepied de l’extrême droite, ce serait la disparition de la droite républicaine. Ce n’est pas ma ligne et je me battrai contre cela.
Le RN n’apporte aucune solution aux problèmes de notre pays et fracturerait encore davantage une France divisée. Je combats les idées stigmatisantes des dirigeants du RN et surtout je m’attaque aux raisons du vote extrême. J’ai vaincu les dirigeants du RN deux fois dans ma région, dans des terres où tout le monde lui prédisait la victoire, ce qui montre qu’il n’y a aucune fatalité à voir l’extrême droite l’emporter. Rien n’est jamais écrit ! C’est parce que je me bats pour faire reculer la colère et le désespoir que j’ai fait reculer le RN de seize points entre deux élections régionales.
Le Rassemblement National essaye désespérément de faire oublier ce que sont leurs origines et les idées de leurs fondateurs mais ne soyons pas dupes. À mes amis qui pensent que l’extrême droite est le meilleur rempart contre le danger que représente La France insoumise (LFI), je leur dis : choisir le RN pour ne pas avoir LFI, c’est avoir l’un et l’autre, puis l’un après l’autre. D’abord l’un au pouvoir et l’autre dans la rue. Après, parce que ce seront les seuls que les Français n’auront pas essayé, LFI au pouvoir.
Pour le bon candidat à la présidentielle : « ce ne sont pas aux partis politiques de choisir à la place des électeurs »
Le Crif : Une diversité de candidatures présidentielles est apparue à droite et au centre, cet espace appelé « socle commun » (réunissant la droite républicaine LR, Horizons et le bloc central, Renaissance, Modem, UDI). Vous qui avez été candidats en 2021 aux primaires organisées par LR (qui avaient finalement désigné Valérie Pécresse), quel mode de départage peut encore efficacement être mis en place pour éviter une dispersion ? Sans primaires, une sélection par sondages, hypothétique dans ses effets, est-elle le seul recours possible ?
Xavier Bertrand : Arrêtons de vouloir se faire peur ! Il n’y aura pas quarante candidats en 2027.
Une élection présidentielle, c’est la rencontre d’une femme ou d’un homme avec les Français et ce ne sont pas aux partis politiques de choisir à la place des électeurs. La question est de savoir à quel moment les sondages révéleront une dynamique. L’histoire politique le démontre à chaque présidentielle.
Je suis convaincu que le projet pour notre pays comptera autant que le candidat. La vraie question n’est pas de gagner en 2027, c’est de savoir ce qu’on fera pendant cinq ans et ce que sera la France en 2032.
Un candidat devra réunir trois critères : être capable de battre l’extrême droite, disposer d’une majorité à l’issue des législatives et pouvoir réformer et relever les grands défis qui sont devant nous sans provoquer une crise sociale comme nous avons connu avec les Gilets jaunes. La réponse à ces trois questions sera beaucoup plus importante au moment du choix que les questions actuelles sur le mode de sélection.