Le président des Hauts-de-France veut incarner une ligne intransigeante contre l’extrême droite. La sortie de son livre « Rien n’est jamais écrit » est l’occasion pour lui de travailler son image.
Longtemps, Xavier Bertand a refusé de se raconter dans un livre. La tradition très française tient pourtant du passage (presque) obligé pour les ambitieux dans leur route vers l’Elysée. « Je suis plus à l’aise à l’oral qu’à l’écrit », reconnaît le candidat déjà déclaré à la présidentielle en 2027. A 60 ans, le président de la région des Hauts-de-France s’est plié à l’exercice dans Rien n’est jamais écrit (Robert Laffont, 408 pages, 21,90 euros). Ces derniers jours, il assurait le service après-vente sur les plateaux télé et radio. Mais pas sur ceux des médias Bolloré. « Je ne suis pas le genre de beauté de ceux qui veulent l’union de la droite avec l’extrême droite », assume l’ancien ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy auprès du Monde.
Xavier Bertrand entend résonner la petite musique d’une alliance avec le Rassemblement national (RN) au sein de son parti, Les Républicains (LR). Lundi 3 novembre, le président de région a repris sa plume pour demander à Bruno Retailleau « d’éclaircir » la ligne. « Peut-il dire comme moi ni LFI [La France insoumise] ni RN ? », interroge-t-il. Ces derniers temps, Xavier Bertrand voit surtout le président de LR ériger La France insoumise en repoussoir absolu, mais le juge plus friable sur ses appuis républicains au sujet du RN.
Chez LR, il est le plus offensif à ce sujet avec Jean-François Copé, cet ancien rival, égratigné dans son livre. « J’en ai marre d’entendre Xavier Bertrand et Jean-François Copé me demander d’éclaircir la ligne, a répondu Bruno Retailleau jeudi depuis Bry-sur-Marne (Val-de-Marne). On a déjà tranché la question quand Eric Ciotti a passé l’arme à gauche (ou plutôt à droite) pour partir avec le RN. »
Constance contre l’extrême droite
Xavier Bertrand a érigé son hostilité contre l’extrême droite en marqueur politique. Elle lui a même coûté sa nomination comme premier ministre en septembre 2024 en raison de la menace de censure du RN. Pas vraiment une surprise. Difficile de trouver un entretien où le patron des Hauts-de-France aurait oublié de mentionner sa victoire contre Marine Le Pen lors des élections régionales en 2015.
Quand le discours dominant chez LR est de souligner une simple différence d’ordre économique avec le parti lepéniste, le Picard dénonce certes les hausses d’impôts votées par le RN avec la gauche à l’Assemblée nationale (« une connerie fiscale »), mais revendique « une différence de nature profonde et non de degrés » avec l’extrême droite. Hervé Marseille lui reconnaît cette constance. « Il maintient sa ligne, celle d’une droite sociale, note le président du groupe Union centriste au Sénat et interlocuteur régulier. Ce n’est pas toujours évident quand une partie de LR suit le RN pour faire de l’immigration et de la sécurité la pierre philosophale qui doit donner les réponses à tous les problèmes des Français. »
A ces Français, justement, l’ancien agent général d’assurances raconte dans son livre l’histoire d’un enfant de la classe moyenne. Xavier Bertrand vante l’émancipation par le travail, celle de son père (cadre bancaire) grâce aux cours du soir pour passer du HLM à la maison individuelle. Le diplômé de droit public revendique un parcours loin des grandes écoles.
Goûts simples
Au fil des pages, il met en avant des goûts simples, lui l’amateur de foot, le client régulier des restaurants Flunch, fier de tenir chaque année « le stand le moins cher » de la braderie de sa ville de Saint-Quentin (Aisne), raconte-t-il dans son livre. A ces classes moyennes, Xavier Bertrand promet un meilleur « partage des fruits de la croissance au sein de l’entreprise », une baisse de l’impôt sur le revenu pour les premières tranches ou encore une réforme du système des bourses. « Elles sont devenues des variables d’ajustement des politiques budgétaires alors qu’elles sont le ciment de notre société », déplore-t-il.
Mais pour devenir le président de la République « qui saura éviter la prochaine crise des “gilets jaunes” » qu’il voudrait incarner, il lui faut sortir de l’embouteillage des prétendants à droite et dans le bloc central. « Il ferait un très bon candidat de second tour surtout contre Marine Le Pen ou Jordan Bardella, mais son principal problème sera de convaincre dans sa propre famille politique. La percée de Bruno Retailleau l’an dernier [en 2024] a encore accentué la droitisation de LR », analyse Laure Salvaing, directrice générale du cabinet d’études Verian France.
Le président de Nous France (son mouvement) a déjà vu le film et refuse d’être enfermé dans la seule case LR. En 2021, le favori des sondages à droite trébuchait lors d’une primaire réservée aux seuls adhérents du parti. La campagne virait à la surenchère droitière et Xavier Bertrand (« insuffisamment préparé », reconnaît-il) terminait quatrième. On ne l’y reprendra plus. Son positionnement plus central paraît le condamner auprès des seuls adhérents LR. Et l’idée d’une primaire allant du ministre de la justice, Gérald Darmanin, à Sarah Knafo, eurodéputée Reconquête !, vendue par le président du groupe des députés LR, Laurent Wauquiez, « risque d’ouvrir encore un peu plus les portes à une union des droites », relève Hervé Marseille.
Xavier Bertrand croit à une autre sélection naturelle, celle opérée par les sondages, même si les derniers lui sont moins favorables qu’en 2021. Rendez-vous est pris après l’été 2026. « Tous ceux qui sont à 5 %, ça sera fini pour eux », anticipe-t-il. L’automne venu, le candidat de la droite et du bloc central émergera de lui-même, pense-t-il. Déjà lancé dans un tour de France (comme Bruno Retailleau), il promet de dévoiler très vite ses premières mesures.
Mais une bonne campagne présidentielle se décante aussi avec un slogan fort, facile à marteler, comme le « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy lors de la campagne de 2007. Xavier Bertrand assure avoir le sien « en tête », le « tester » auprès de ses proches. « C’est bien simple, si vous ne l’avez pas, vous ne pouvez pas être candidat », coupe-t-il. Après son désistement en 2017 et l’échec de 2022, il compte bien l’être cette fois-ci.