« Que l’État arrête de nous faire les poches » : à Saint-Quentin, Xavier Bertrand s’échauffe pour la présidentielle (Le Point)

REPORTAGE. Refus des extrêmes et défense des classes moyennes : le patron de région, en embuscade pour 2027, a défendu sa ligne à l’occasion du rassemblement de son mouvement Nous France.

Par Vincent Jaouen
Xavier Bertrand n’a rien perdu de ses habitudes. Encore moins chez lui, ici à Saint-Quentin (Aisne). Enchaînant les poignées de main, les sourires et les conversations informelles avec quiconque s’approche de lui, le président de la région des Hauts-de-France affiche une mine réjouie. Et se prête volontiers à la dédicace de son premier livre, Rien n’est jamais écrit (Robert Laffont), un « récit intime » dans lequel l’élu se confie et raconte son parcours.

Près d’un an après avoir touché du bout des doigts le poste de Premier ministre – Emmanuel Macron avait failli le nommer à Matignon à la fin de l’été 2024 –, l’homme de droite est de retour en campagne. Grâce à cet ouvrage, il s’apprête, dans les semaines à venir, à partir en tournée de dédicaces partout en France. Mais samedi 25 octobre, c’est dans son fief, cette ville qui l’a vu grandir et qu’il a dirigée pendant plusieurs années, que Xavier Bertrand a convié les sympathisants de son mouvement Nous France pour une journée de débats et de meetings.

Entouré de près de six cents d’entre eux, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy n’a pas tourné autour du pot. Pour 2027, il l’assure : il se prépare. « Une élection présidentielle, c’est une rencontre avec les Français, mais c’est aussi un marathon et je le ferai à mon rythme, personne n’écrira la suite à ma place », a-t-il expliqué dans la matinée, lors d’une courte prise de parole avant son discours de clôture plus tard dans la journée. « C’est le grand retour de Xavier Bertrand », savoure l’un de ses proches, le fidèle Bernard Deflesselles, ancien député et membre de Nous France.

« Ce seront les sondages qui trancheront »

À vrai dire, le mystère sur les ambitions du candidat malheureux à la primaire de la droite de 2021 n’en était pas vraiment un. Voilà plusieurs jours que l’homme est sorti du bois, donnant de la voix sur les plateaux de télévision. « L’objectif est de faire connaître Xavier, que les Français ne connaissent pas assez », confie un membre du mouvement. Le temps est venu aussi des clarifications et des affirmations. Fidèle à sa ligne, Xavier Bertrand entend bien reprendre en main la droite sociale dont il se revendique depuis ses débuts en politique.

Et pour cause, entre le rejet absolu de La France insoumise et du Rassemblement national et la valorisation d’une droite ancrée dans les territoires et proche des classes moyennes, Xavier Bertrand pense avoir trouvé la recette magique susceptible de convaincre. Une troisième voie face à ce « duel mortifère » entre les « deux extrêmes », inéluctable pour certains. Lui, l’opposant de « conviction » et non de « circonstance », contrairement à ces « Brutus », est prêt à relever le défi, lâche-t-il dans une pique à peine voilée à ses rivaux Édouard Philippe ou Gabriel Attal, ayant tous deux acté, ces derniers jours, une rupture avec le chef de l’État. Face à sa propre famille politique, tiraillée par l’hypothèse d’une union des droites avec le RN, il n’entend pas non plus se perdre sur le chemin de l’ambiguïté. « Mon ADN est simple, c’est le refus des deux extrêmes », se défend-il.

Conscient qu’un chapelet de prétendants pour 2027 semble vouloir se présenter sur la ligne de départ, l’ex-ministre ne tergiverse pas non plus et enterre d’avance l’idée d’une éventuelle primaire. « Ce seront les sondages qui trancheront, ceux en dessous de 5 % se retireront », lâche-t-il à quelques journalistes en marge du meeting. Dans notre dernier baromètre Cluster 17 pour Le Point, Xavier Bertrand se hissait à la 28e place des personnalités politiques préférées des Français.

Proposition de référendum

Mais l’opposant Xavier Bertrand avance, convaincu de sa stratégie. Soucieux de se démarquer du reste des prétendants au bail du 55 rue du Faubourg Saint-Honoré, celui-ci appelle notamment à ne pas attendre 2027 les bras croisés. « Une autre France est possible dès maintenant », plaide-t-il dans l’après-midi devant une salle remplie, mais plus proche d’une ambiance réunion de militants que d’un meeting de campagne. Et pourquoi pas un référendum pour redonner la parole aux Français ? interroge même l’élu, égrenant le sujet des peines planchers, des quotas migratoires ou encore l’idée d’un « conseiller territorial » – pour fusionner les mandats de conseillers régionaux et départementaux.

Énonçant plusieurs mesures telles qu’une nouvelle réforme des retraites, la fin des jours de carence différentiels entre le secteur public et privé, une réforme du système des bourses ou encore une politique en faveur des services publics, le présidentiable cherche sans conteste à se présenter comme le candidat des classes moyennes. « Que l’État se serre la ceinture en premier et qu’il arrête de nous faire les poches ! » a-t-il tonné, préférant se ranger du côté du « nous », lui l’enfant de Saint-Quentin qui s’est « émancipé grâce au travail et au mérite ».

« On a face à nous quelqu’un de concret. Cela change du parisianisme déconnecté », glisse un élu local, apparenté Les Républicains. « Ce côté politique enraciné dans les territoires peut séduire à nouveau ! » espère un autre sympathisant, livre de son poulain à la main. Face à son auditoire, Xavier Bertrand promet qu’un programme plus vaste adviendra dans les mois à venir. Et alors que l’Assemblée nationale examine à l’heure actuelle une première partie du budget 2026, Xavier Bertrand n’a pas manqué de rappeler sa vision économique estimant qu’un « autre budget [était] possible ».

Fidèle à sa famille politique, le patron de la région des Hauts-de-France n’a d’ailleurs pas contredit la ligne de son parti, défendant la nécessité de réduire en priorité la dépense publique plutôt que d’augmenter les recettes de l’État. Ses flèches étaient d’ailleurs taillées contre la désormais très célèbre taxe Zucman. « Ce n’est plus de la justice fiscale, c’est une connerie fiscale […] je le dis à monsieur Zucman : “créez votre entreprise et ensuite venez nous dire ce que vous en pensez de votre taxe” », a martelé l’ancien ministre du Travail, ajoutant préférer un relèvement de la « flat tax ». « S’il y a moins de fortunés en France, ce sont les classes moyennes qui vont trinquer », a-t-il asséné, fidèle à sa ligne. Face à lui, les applaudissements n’ont jamais été aussi forts qu’à ce moment précis.

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