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Sébastien Martin : « La réindustrialisation ne se fera pas sans une double mobilisation nationale et des territoires » (Banque des territoires)

La réindustrialisation ne pourra se faire sans une mobilisation nationale et l’implication des territoires. Dans un débat organisé avec le politologue Jérôme Fourquet, Intercommunalités de France met en évidence le rôle majeur des élus pour favoriser la réimplantation d’usines et de nouvelles filières industrielles, avec des exemples réussis à la clé dans le Grand Chalon, Dunkerque et la communauté de communes de Saint-Pourçain Sioule Limagne.

Article par la Banque des territoires : https://www.banquedesterritoires.fr/sebastien-martin-la-reindustrialisation-ne-se-fera-pas-sans-une-double-mobilisation-nationale-et

Article de Emilie Zapalski

Qui dit réindustrialisation, dit mobilisation nationale bien sûr mais aussi mobilisation des territoires. Lors d’un débat organisé le 23 février 2022 entre le politologue Jérôme Fourquet, coauteur de « La France sous nos yeux » (avec le journaliste Jean-Laurent Cassely), Intercommunalités de France a mis en évidence le rôle fondamental des élus dans la réindustrialisation. « J’ai vécu la mue des industriels, a notamment témoigné Patrice Vergriete, président de la communauté urbaine de Dunkerque : encore dans les années 2010, ils étaient persuadés qu’ils construisaient leur productivité et leur compétitivité en interne. Depuis, cela a beaucoup changé, les industriels ont compris que leur compétitivité dépendait du bassin d’emploi dans lequel ils étaient, et des interdépendances avec les industries qu’il y avait autour, et donc l’élu est apparu, comme le coordinateur, comme celui qui met en lien ces industriels et qui va organiser le collectif, sur les problématiques de l’eau, les réseaux de chaleur et de l’énergie notamment. » Le territoire de Dunkerque a fortement pâti de la désindustrialisation qui a entraîné une chute de sa démographie. Mais il a organisé sa renaissance autour d’un changement de son modèle économique en valorisant des nouvelles filières énergétiques. « Je crois à de nouvelles filières dans un nouveau temps de l’industrie, celui de la transition énergétique, de la transition environnementale, il y a une nouvelle industrie qui émerge, de nouvelles filières qui émergent, avec l’éolien, le offshore qui apparaît, sans doute le nucléaire, suite à l’annonce du président – et Dunkerque a un énorme atout à jouer, on vient d’être dans l’annonce des deux EPR récemment -, et les batteries électriques, l’annonce de l’implantation d’une usine Verkor avec 2.000 emplois à la clés d’ici 2030« , a insisté Patrice Vergriete.

Un travail au quotidien pour les élus

Dans le Grand Chalon, labellisé Territoire d’industrie et site industriel « clé en main », les élus ont été partie prenante à la reconversion de l’usine Kodak qui a dû fermer ses portes face à la concurrence du numérique dans le secteur de la photo. « Quand l’entreprise Kodak a fermé son usine de 2.500 salariés en 2006, un contrat de site a été signé », a rappelé Sébastien Martin, président d’Intercommunalités de France et président du Grand Chalon. « Kodak nous a cédé ses réserves foncières et on a transformé son usine en campus industriel, nous avions la chance de ne pas avoir qu’une seule industrie, mais aussi le nucléaire, avec deux sites Framatome qui ont chacun doublé leur nombre d’employés, la logistique, la plasturgie. Aujourd’hui, notre territoire a un taux de chômage de 7% seulement car ces autres secteurs industriels ont pris le relais« , a-t-il développé.

La communauté de communes de Saint-Pourçain Sioule Limagne, située à une quarantaine de kilomètres de Clermont-Ferrand, n’a elle non plus pas ménagé ses efforts pour favoriser l’accueil des ateliers Vuitton et rendre le territoire plus attractif pour les salariés et leur famille. « Un cadre peine à venir mais il peine ensuite à partir car il tombe amoureux de nos territoires, a vanté Véronique Pouzadoux, présidente de la communauté de communes, mais c’est un travail au quotidien, comment faire pour attirer les cadres, les conjoints, les enfants, prévoir les écoles, aider les cadres dans leur télétravail… » L’élue regrette sur ce plan le manque de dialogue avec les métropoles qui permettrait pourtant de mieux prévoir le cadre et les conditions du télétravail. Elle met en revanche en avant les atouts qui ont prévalu dans le choix de Vuitton pour le territoire. « Les marques de luxe cherchent la tranquillité, un savoir-faire, une main d’œuvre qui ne se délocalise pas, et elle trouve cette sécurité du savoir-faire à la française dans nos territoires, a-t-elle détaillé, grâce à cela, nous avons pu faire notre transformation agricole en usines et ateliers du futur ; cela permet à notre population de rester sur place et de trouver du travail. »

« La messe n’est pas complètement dite »

Bien sûr ces exemples tranchent avec la tendance de fond. « Depuis 2008, la dernière grande crise économique, la France a perdu 940 sites industriels de plus de cinquante salariés, a souligné Jérôme Fourquet, mais dans la même période, à peu près 400 sites industriels ont été ouverts ou agrandis, signe qu’il est toujours possible d’entreprendre de manière industrielle et industrieuse en France. » « La messe n’est pas complètement dite mais on part de très très loin ! Une reconstruction va se faire sur un temps long, reconstruction dans laquelle les élus ont un rôle majeur à jouer« , a-t-il poursuivi. Pour le politologue, directeur du département « opinion » de l’Ifop, les élus doivent faire en sorte que dans leur territoire les projets soient les bienvenus, ce qui n’a pas toujours été le cas, l’industrie n’ayant pas toujours une bonne image, les drames d’AZF à Toulouse puis de Lubrizol à Rouen sont là pour le rappeler. Seulement, la crise sanitaire a été un électrochoc. « Nous nous sommes rendu compte qu’une série de productions, comme le paracétamol, n’étaient plus localisées sur notre territoire« , a-t-il évoqué. Le thème de l’industrie, de la « souveraineté économique » est réapparu en flèche. Or pour Sébastien Martin, « cette réindustrialisation ne se fera pas sans une double mobilisation nationale et des territoires« . « Il faut le discours national qui croit en l’industrie et les territoires qui arrivent à s’organiser pour faire part à leur bassin de population que l’industrie est un avenir, a précisé le président d’Intercommunalités de France, soulignant les gros enjeux de formation. « On n’attirera personne dans les filières de formation autour de l’industrie si nous-mêmes ne sommes pas vecteur d’un discours extrêmement positif et volontariste et si nous ne mettons pas tout en place, en matière d’eau, d’énergie, etc. », a-t-il invoqué.

Un constat qui pousse l’association d’élus à demander à ce que le plan France 2030 ne soit pas comme tous les programmes d’investissement d’avenir de ces dernières années, organisé à partir d’appels à projets descendants qui vont intéresser essentiellement les grands groupes. Même si c’est le chemin qui semble être pris. « Il faut s’appuyer sur la logique des territoires et notamment des Territoires d’industrie qui mobilisent industriels et élus autour de ces enjeux« , a-t-il insisté. Reste que dans la toute récente mise en œuvre du plan d’investissement France 2030, les appels à projets sont toujours très présents, y compris pour l’industrie. En témoignent les listes d’ores et déjà publiées sur le site internet de Bpifrance. Les collectivités peinent aussi à faire valoir la nécessité d’un volet territorial du plan qui s’appuierait sur les régions et intercommunalités comme ce qui se passe dans le programme Territoires d’industrie.

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